De Shiraz à Lar

Samedi 19/11/2011

DSC_4226.JPG On retrouve Tom & Marie à l’agence de voyage pour acheter nos tickets de ferry de Bandar Lengeh à Sharjeh. Petit coup d’internet et direction la gare routière pour aller jusqu’à Persepolis en minibus. Petit lunch en bord de route puis visite du site. Comme pour les films, quand on vous dit que c’est génial, vous trouvez ça bof et quand on vous dit que c’est mauvais vous trouvez ça encore pas mal : eh bien, on a été tous les quatre enchantés d’aller voir ça!
DSC_4393.JPG Le soir, resto entre cyclos : Geoff & Lodi (be/fr), Marie & Tom (nl), Laurent & Gaëlle (fr/ch), Michèle & Benoît (ca), Loïc (fr), Ian & AnneMarie (au). Après quoi, petit tour sur le net pour envoyer quelques requêtes CS (CouchSurfing).
Retour à la « maison » et paquetages et explications GPS à Pejman (informaticien mais peu débrouillard) jusqu’à minuit.

Dimanche 20/11/2011

Ogalau-CSC_2761.JPG On quitte notre CS qui dort encore et on part avec un gros sacs d’oranges offertes par la maman. On retrouve tout le monde au départ de la probable première masse critique iranienne à Shiraz et les Australiens nous rejoignent avant que Michèle et Benoît nous laissent partir (ils restent ici en attendant leur vol pour Oman).
On roule ensemble, les rythmes sont quasi identiques mais on sent que ça fait 3 semaines qu’on n’a plus roulé (j’ai l’impression que les autres s’adaptent un peu à nous quand même). La route est bof mais le fait d’être à 7 fait passer la journée très agréablement : on discute en roulant, on change d’interlocuteur,…
DSC_4396.JPG Petit resto-route « chicken-kebab with rice » puis on redémarre avec le vent de face.
On s’arrête après 68 km et avant un col (qu’on garde pour demain matin). La journée s’achève avec un repas partagé et une soirée ukulele de Tommie avec 2 petites interventions de ma guimbarde (« Mouth-harp solo » pendant Stir It Up). Puis on se raconte des histoires de cyclistes ou même de la vie autour du feu. Voilà quelque chose TomMarie-P1090907.JPG qu’on ne fera jamais à deux, un feu. C’est sympa quand on est plusieurs mais à deux, il fait vite froid et les fringues (qu’on ne peut pas laver tous les jours) sentent la fumée.
C’est une chouette bande que voilà, 7 cyclos, différents styles, rythmes similaires*, bon humour. Comme Marie et Tommie sont hollandais, ils perfectionnent leur français quand on est un peu faignant.

*Loïc est en vacances avec nous, avec Bertrand il avait plus l’habitude de faire 120~150 km/jour. C’est un peu pour ça qu’ils se sont séparés, il semblerait que Bertrand soit plus porté sur l’exploit sportif que sur la rencontre des cultures, des gens et du temps, il fait un contre-la-montre dirait-on. D’ailleurs, il parait que Bertrand est déjà en Inde.

Lundi 21/11/2011

Loic-DSC03990.JPG Réveil et petit déj en famille ou presque. On commence par le col, oui, ça fait longtemps qu’on n’a plus roulé, je confirme. Certains passages se font avec Elodie à pied. La route est meilleure car plus petite et moins fréquentée. En descente on est prem’s, mais en montée ou à plat avec le vent de face on fait pas les malins. Petit resto-route à nouveau pour 50000IR/personne.
Comme on a mangé tard, on trouve rapidement un endroit pas trop loin de la route pour camper. Le soleil se cachant derrière les montagnes, on perd quelques précieuses minutes, mais ça va, on avance bien. Soirée dérangée pour moi donc yoghurt, pain et au lit tôt car cette journée m’a bien fatigué! Quelques éclairs au loin mais pas de pluie.

Mardi 22/11/2011

P1140974.JPG Un peu de relief ce matin, mais ça va encore. La police s’arrête et on « craint » un long contrôle de passeports mais ils s’arrêtent pour s’assurer que tout va bien et nous conseillent d’être prudents.
La météo est excellente pour rouler, couvert et pas trop chaud et Tommie de lancer un « It’s a good weather for bicycle today! ». Tellement couvert qu’on entend du tonnerre et on voit des éclairs. Finalement, la pluie arrivera et on trouvera un abri sous un pont en contre-bas de la route. On décide d’y manger des pâtes. Avec nos nouveaux amis, des pâtes se mange avec une sauce quasi maison, ça change de nos habitudes basiques. Alors que c’est quasi prêt, des locaux ont l’air de s’affoler prêt de nos vélos mais on arrive à les calmer en disant qu’on s’en va juste après manger. Ils veulent nous faire comprendre que les pierres pourraient s’effondrer mais n’exagérons pas, ça ira très bien. La police s’en mêle et reste près de nous au cas où.
Loic-DSC04057.JPG On finit la vaisselle et en remontant à nos vélos, on s’aperçoit que c’est quasi inondé là-haut! Les vélos sont dans quasi 20cm de boue. On a encore eu de la chance que ça ne soit pas descendu là où on mangeait. On redémarre sous la pluie battante et ça sera pareil toute l’aprèm avec quelques accalmies. Évidemment y a du relief sinon c’est pas drôle : mouillé dehors et dedans (transpi). C’est dur physiquement (je suis parfois seul sur le vélo) mais mentalement aussi.  Loic-DSC04062.JPGHeureusement, on est en groupe, ça aide! Dernière côte, on file vers Qir où il se pourrait qu’il y ait un hôtel… ou pas (selon différentes sources locales). On arrive et un dame nous guide jusqu’à un bâtiment du gouvernement. On discute avec le militaire de garde (un jeune qui fait son service) et il semblerait qu’on puisse profiter d’un local « militaire » des Bassijis (on hésite car les Bassijis sont réputés pour être les fouteurs de m…., des balances, etc le tout sous le couvert du gouvernement). En discutant avec le jeune, on apprend qu’en été il fait plus de 50°C ici. Il nous dit aussi de parler dans notre langue quand on parle entre nous pour éviter qu’un chef nous comprenne. Arrivés sur place, on est un peu comme dans une caserne et on est aux petits soins. On a un petit appart’ pour nous 7 avec une douche chaude! Ça fait du bien car en plus d’être bien saucés, la plupart d’entre nous pataugent dans leurs chaussures. Des gars viennent nous faire nos lits, préparer le thé et un autre nous aide pour la préparation du repas. P1140977.JPGCe dernier nous aide tellement qu’il finira seul la préparation. Je tente de l’aider et je l’observe, on ne se comprend pas bien, on éclate de rire et il m’embrasse (sur la joue) comme un père. En plus d’être délicieux, c’est convivial! On retrouve la crème de sésame mélangée à du sirop de dates, comme en Turquie! Mmm! Un des gars vient même faire la vaisselle car on n’a pas pu la faire (notre cuistot ne voulait pas). Finalement, ces Bassijis, ils sont adorables… avec nous, les rares touristes de Qir. Mais restons prudents…

Mercredi 23/11/2011

P1150070.JPG Aujourd’hui, très belle météo!
On quitte l’enceinte gouvernementale après interview d’un journal local et en avant pour de la belle route et de beaux paysages!
On sent que l’équipe se soude car on ne pense plus à faire chacun ses courses mais la question est plutôt « Qu’est-ce qu’on se fait ce soir? »
Camping sauvage bof pour la nuit car l’emplacement est difficile à trouver : on n’est plus qu’à 600m, il a bien plu, il fait plus humide et on est proche d’un village (repérés par des jeunes qu’on évite). On se mange des pâtes et on se raconte nos histoires de rencontres de couple (même Loïc raconte sa rencontre avec Bertrand)
Quelques minutes après l’extinction des feux, trois gars viennent avec 3 fusils de chasse. Loïc bondit et les accueille, j’éclaire avec ma frontale depuis la tente en caleçon et Tommie sort aussi. Ils sont jeunes (et sûrement un peu bête) et n’ont pas l’air de chasseurs et encore moins de méchants (ils sont même jeunes et pas à l’aise). Tommie sortira aussi, ils comprennent qu’on veut dormir et qu’on n’a pas envie de parler avec eux. Ils s’en iront rapidement.

Jeudi 24/11/2011

TomMarie-P1100078.JPG Ce matin, les tentes sont bien mouillées, du coup démarrage tardif avec le petit déj et le séchage des tentes et sacs de couchage. Crevaison à la sortie des champs d’épineux (one more time, j’ai pas de pneu « Plus » à l’arrière mais je vais peut-être en mettre un pour l’Inde).
Ça roule bien aujourd’hui, le rythme semble revenu!
Petit resto avant Khonj, un peu l’arnaque (40000IR/pers pour quelques morceaux de poulet dans un pain-crêpe avec boisson) et on annonce aux autres qu’on continue l’aventure avec eux jusqu’à Lar. Loïc et nous, on comptait bifurquer vers Lamerd mais on préfère rester en groupe.
P1150102.JPG Petites courses où Tommie joue le rôle de l’épicier (le gars ne comprenant pas ce qu’on veut derrière sont comptoir) et en avant pour faire quelques bornes pour trouver un campement.
Plusieurs fois dans la journée, on a été suivi par un gars qui proposait un lunch chez lui mais trop loin, on le retrouve à Mahlacheh et on nous demande de nous arrêter pour une photo pour le journal (excuse bidon?). Après la photo avec un appareil compact pas pro du tout, on s’en va mais un pick-up de la police nous escorte. Ça ne nous plaît pas et comme on est 7 on se permet un peu de réclamer, mais toujours avec le sourire et la bonne humeur. Ils veulent qu’on avance jusque Evaz à 40km d’ici et le soleil se couche dans quelques petites minutes. On insiste pour rester là et j’irai même faire c*c* pendant qu’ils attendent que quelqu’un vienne nous faire la traduction car on ne se comprend pas bien (ils ne veulent pas comprendre). La bonne personne arrive et il nous dit que les policiers suivent les ordres et sont sensés nous protéger et que d’après eux, ici c’est dangereux (loups, animaux, mauvaises personnes). Ils veulent qu’on aille au village mais on aime pas ça car beaucoup de gens viendraient nous voir. P1150115.JPG Il y a une petite maison/abri pas trop loin au milieu des champs de dates, c’est la solution : terrain privé, la police ne peut plus rien dire! Le monsieur n’arrive pas à trouver la clé et commence à défoncer le cadenas de la porte, Loïc achèvera le travail sous les applaudissements. Finalement, Loïc, Laurent et Gaëlle vont à l’intérieur mais vu la poussière, Tommie, Marie et nous installerons la tente devant l’abri. Repas de fête : riz, soja, légumes et pancakes en dessert! Loïc fête ses 8000km avec du Champomi pêche! Ensemble on totalise un peu plus de 23500km aujourd’hui!
Aujourd’hui finalement, c’était dur pour moi, j’étais toute la journée à plus de 90% de mes capacités.

Vendredi 25/11/2011

P1150136.JPG La route de montagne est belle, c’est vraiment une chouette région par ici! Evaz était finalement à 30km de là où on a campé, mais à 3h de là car ça grimpait! On aurait jamais pu y arriver hier soir avec la police.
Ce midi, on mange à une aire de station essence/resto où on fait nos pâtes dans le mini parc.
La route est plus roulante qu’hier, pour mes jambes en tout cas : le rythme est revenu! Sur la route, on reçoit… 7 oranges, une famille entassée dans une voiture nous a compté et nous a tendu un sac. Ça tombe bien, on allait bientôt faire une pause pipi-goûter.
P1150164.JPG L’arrivée à Lar est plutôt effrayante : motos, jeunes, bruit. Cependant, ils nous aident à trouver un hôtel. Cela semble compliqué car d’abord au premier hôtel il y a un soi-disant flic qui veut tout savoir sur nos passeports/visas, ça ne nous inspire pas, on va voir ailleurs escortés par toute une bande de jeunes en moto mais c’est trop cher. On revient au premier, le flic n’est plus là. Devant l’hôtel, on crée un attroupement et arrivent des bassijis (ce qu’on pense en être en tout cas) et tout le monde déguerpi sauf un jeune sympa qui se fait attraper relativement violemment par la main, discussion sérieuse et coup de téléphone. Le jeune s’en ira sans nous dire au revoir, probablement la peur au ventre. La foule est dispersée, le travail est fini pour les hommes du gouvernement en civil… Mouais, ça nous plaît moyen, on s’était presque habitué à ces jeunes « motards », mais le calme nous plaît pas mal non plus! Vient ensuite le checkin à l’hôtel. Ils semblent craindre de faire les choses mal et demande à remplir des formulaires complets. Tommie s’y colle et heureusement, un local parlant bien anglais nous aide. 2h plus tard, tout est réglé.
Ce soir, dernier repas entre cyclo-potes. On trouve des sandwiches falafel pas mauvais et on mange dans la rue. Pendant le « repas », des locaux viennent encore nous parler « How are you? Where are you from?… » Aujourd’hui on doit avoir battu les records de ces questions!

Rem : on est content d’être 7 à pouvoir répondre, ça permet des rester frais dans les réponses sans devenir agressif, on partage le boulot quoi!
Rem 2 : entre jeunes cyclos, on en arrive très très très rapidement aux discussions essentielles sur les thèmes les plus importants : dormir, boire, manger et leurs conséquences! On rigole bien, c’est une chouette petite bande!


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4 réflexions au sujet de « De Shiraz à Lar »

  1. bernardf

    Hé bé ! Que d’aventures ! Impressionants ! Je me disais justement tantôt en traversant le bois de la Cambre à vélo (ça va, vous situez ?) qu’il y avait longtemps qu’on avait pas eu de vos nouvelles. Tant mieux, c’est que vous aviez fort à faire. En effet, magnifiques paysages montagno-désertiques. Si vous êtes encore à Dubaï quand vous lisez ceci, sachez que j’ai un cousin qui y travail. Bah, on ne sait jamais (ceci dit, pas sûr qu’il y soit en ce moment, je pense qu’il est pour le moment revenu qq jours/semaines en Belgique). Bonne route ! (je suis impressioné en tout cas…)

  2. Lievin

    Un petit mot en passant, mes coucous voyageurs! La vie d`ici est tellement speed que je dois vous lire au lit sur le mini ecran d`un smartfone, alors que vous voyez le monde en panoramique, 360 degres et 3D.

    Toutes ces aventures passionantes se gravent sans que vous vous en rendiez compte, elles vous composent, comme ce rencontres qui gardent votre trace aussi, réciproquement.

    Sérieux: pq vous vous faites pas du feu, meme un petit? Essayez…

    Et puis ne revenez pas trop vite les nouvelles du pays sont pourries: plans d`austérité, et pire: mardi nous aurons un gouvernement!

    Excusez ma faible assiduité et faites une belle route!

    Amitiés interculturellocontinentales,
    L

  3. velosteph

    content d’avoir des nouvelles!
    plus un à Bernard. C’est chouette d’avoir de quoi rouler groupé et en symbiose en plus!
    Les constrates aussi c’est fort : d’un coté ces policiers qui ont l’air bienveillant et de l’autre les autres qui ne le semblent pas…. Allé go one to Dubai

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